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mardi 27 janvier 2009

1970 - Classique - Minnie Riperton - Come To My Garden - Reviews - Chronique d'un chef d'oeuvre de la soul psyché-symphonique méconnu




Le magazine Rolling Stone a toujours su créer la controverse que cela soit dans leurs critiques musicales discutables ou leurs fameuses création de listes des meilleurs je ne sais quoi. Quand ils ont publié l'année passée leur liste intitulée pompeusement : The 100 Greatest Singers of All Time, j'ai de suite tiqué sur l'intronisation d'Aretha Franklin, en numéro one, cela ne me dérange pas vraiment mais je suis loin de partager leur optimisme (sans nierqu'Aretha est une sommité du R&B/soul) et sur la présence de Christine Aguilera... qui a finit d'achever tout crédit qu'aurait pu avoir cette liste. On retrouve Whitney Houston mais pas sa tante la légendaire Dionne Warwick qui est en tout supérieure tant du point de vue vocal que de la carrière (épaulée par Bacharach, elle a sorti une dizaine d'albums qui valent plus que le détour). Et surtout, ce qui m'a déstabilisé c'est l'absence de l'inoubliable Minnie Riperton.

J'ai toujours préféré les chanteuses qui font dans la nuance et Minnie malgré ses mirifiques cinq octaves et demi (et oui, cela compte) n'en abusait jamais au détriment de l'émotion, elle dosait sa voix avec un savoir faire extraordinaire. Sa voix incomparable, qui montait dans les aigus comme personne dans le milieu de la musique populaire (c'est pas faute de vouloir copier, n'est-ce-pas Mariah Carey et ses multiples consoeurs ?), me transmet à chaque écoute un goût de plénitude paradisiaque. Plus connue pour ses hits tels que Lovin You (issu de Perfect Angel, 1974, ici) ou du très moite Inside My Love (issu d' Adventures In Paradise, 1975, ici), Minnie Riperton a à peine pu disposer du temps de sortir 5 albums solos avant de s'éteindre âgée à peine de 31 ans des suites d'un terrible cancer du sein. Pourtant dès son premier album en 1970 intitulé sensuellement Come To My Garden, Minnie frappe fort : des critiques dithyrambiques pour un public absent (même aujourd'hui, je n'ai vu personne sur la toile rendre justice à ce divin album) : c'est triste, voire honteux car cet album est un chef d'oeuvre.

En 1970, Come To My Garden voit le jour et représente le meilleur de la soul psychédélique des années 70's et bien au-delà. Charles Stepney produit le bébé (Earth Wind & Fire et c'est lui qui est derrière l'un des plus beaux albums de mon idole Terry Callier : What Color Is Love en 1972 qui est également un pur chef d'oeuvre). Ce producteur apporte sur cet album un son symphonique d'une délicatesse et d'une classe intemporelles. C'est de l'ordre du divin tout simplement. Minnie, elle apporte sa voix crystalline d'une beauté à couper le souffle. Sa capacité à monter dans les aigus est extraordinaire, les nuances apportées dans ses interprétations mélancoliques, sensuelles ou naïves sont sans pareilles. Minnie Riperton représente le prototype de la chanteuse rêvée : magnifique, humble, morte beaucoup trop jeune pour penser à faire des albums de duos redondants (Aretha Franklin), de reprises à deux balles (les exemples sont légions) ou de gospel remplis de sentiments dégoulinants (référence à la magnifique Dionne Warwick). Elle est (hélas) partie laissant derrière elle d'excellents albums dont l'apothéose se retrouve déjà sur son premier effort Come To My Garden

Les Fleurs frappe très fort d'entrée de jeu, ce classique de la soul représente l'un des meilleurs morceaux de Minnie. Cette chanson de soul psychédélique aérienne est un chef d'oeuvre en lui-même : orchestré de façon magistrale, des choeurs angéliques et la voix de Minnie impénétrable, presque mystique, la magie de ce morceau prend à chaque écoute sans jamais lasser. Le reste de l'album est pourtant à la hauteur de ce sublime premier morceau. Le sensuel et mélodramatique Completeness est poignant. Le sublime jazzy psychédélique Come To My Garden vous met en orbite direction paradis lors de son écoute. Memory Band mêle avec magnificence bossa et jazz avec une classe folle. Ensorcelant. Tendre et attanchant, Rainy Day In Centerville est ponctué de façon délicieuse d'arrangements redondants magnifiques. L'évanescent et romatique Close Your Eyes And Remember ainsi que le troublant et tonitruant Oh By The Way possèdent ce goût édenique indicutable tandis que l'enchanteur Expecting est à fendre le coeur des plus endurcis. C'est ma chanson préférée de la belle dame. Entre jazz et bossa, le paradisiaque Only When Im' Dreaming clôture l'album de façon idéale.

100/100 : chef d'oeuvre absolu, on est pas près de revoir un tel album dans les étales d'un magasin. Pas vendeur pour un sou, cet album de soul psychédélique orchestral est un must absolu pour les mordus de musiques intemporelles. A déguster sous le soleir ou dans la pénombre, les sensations troublantes que cet album procure aux auditeurs après près de 40 ans d'existence est juste énorme. Les vocalises de Minnie n'ont pas finit de nous hanter, un testament inoubliablede leurs existences. A Quand une édition digne de ce nom pour cet album ?

Les Fleurs :

mercredi 26 mars 2008

Classique - 1995 - Gavin Friday - Shag Tobacco - Review - Chronique d'un album fait par une "génie"






Gavin Friday, ce nom ne vous dit sans doute absolument rien. Et c’est bien normal d’une part il n’a jamais été médiatisé ailleurs que dans son pays natal l'Irlande (malgré son amitié de longue date avec Bono leader de U2 et pour la petite anecdote c’est lui qui est à l’origine des surnoms Bono et du guitariste The Edge) et d’autre part il a participé dernièrement à de nombreux projets artistiques (le plus souvent des musiques de films avec son partenaire musical Maurice Seezer - compositeur) mais n’a plus sorti d’albums personnels depuis 1995 soit avant le boum d’Internet et dans nos contrées francophones cela ne pardonne pas.

Pour le présenter Gavin Friday est un musicien / peintre né à Dublin en 1959, il est un ami d’enfance de Bono et The Edge et a fondé dans les année 70’s le groupe de punk Virgin Prunes surtout connu pour des prestations Live pas toujours très classe qui prend fin dans le milieu des années 80’s.

Par la suite Gavin entame une carrière solo afin de mettre en avant ses goûts musicaux (Jacques Brel, Gainsbourg, Kurt Weill, Eric Satie, etc.) et littéraires (Oscar Wilde, Patrick McCabe) en évidence. Accompagné de son acolyte Maurice Seezer avec lequel il sort un premier opus en 1989 intitulé Each Man Kills The Thing He Loves dans lequel il mêle musique expérimentale, musique de cabaret, jazz, ballades folk celtique, pop, etc. avec un talent fou et dans lequel il reprend Au Suivant de Jacques Brel en anglais cela donne Next en écoute :

On découvre alors un artiste doté d’un grand sens de l’imagination, doté d’une belle plume et possédant une voix exceptionnelle (son falsetto ou voix de fausset - voix de tête- est à tomber à la renverse).

Il ne s’arrête pas là car en 1992 il sort Adam‘n’Eve : un album qui m’a fait découvrir cet artiste inclassable il y a près de 15 ans maintenant (au cour d’une errance dans une médiathèque), quel choc musical cela a été pour moi (à l’époque mon monde se limitait à U2 et Björk, un peu d’indulgence je n’avais que 13-14 ans). Cet album je viens de le réécouter plusieurs fois et c’est toujours avec le même plaisir évident que lors de sa découverte, un chef d’œuvre, un album fantastique dont je reparlerai ultérieurement mais comme je ne peux pas attendre je vous mets en écoute la ballade folk Eden :


Dans ce post je vais vous parler de son dernier album personnel Shag Tobacco, album aussi intense que le précédent et encore plus représentatif de la folie de son auteur, il constitue actuellement son œuvre ultime à moins qu’il décide enfin de présenter un nouvel opus ce qui n’est pas prévu à l’ordre du jour, hélas. Contrairement à Adam’n’Eve produit principalement par Flood (U2) cet opus est pris en main par Tim Simenon de Bomb The Bass (Björk, Massive Attack, Depeche Mode) et représente un projet dans lequel Gavin décide de poser sa voix sur les divers types de musique (jazz, cabaret, folk celtique, musique de film, opéra, etc) qu’il a appréciés au 20ème siècle.

Cet album est un projet artistique en lui-même : une fois les textes écrits Gavin Friday a demandé à Patrick McCabe (Breakfast On Pluto, The Butcher Boy, nommés au prestigieux Booker Prize) d’écrire une nouvelle qui relierait l’ensemble des chansons pour saisir l’essence de l’album, chose faite dans le booklet qui raconte les péripéties d’un individu en plein cœur d’une nuit très particulière à Dublin…

Shag Tobacco débute l’album, avec son groove que l’on peut rapprocher à la lounge musique, on ne peut espérer mieux comme introduction, la voix de Gavin se fait très sensuelle presque grave, il nous susurre des mots sur le grand amour : le seul et l’unique sur fond de musique feutrée et élégante. Caruso est le grand délire de l’album sans doute ma chanson préférée, Gavin montre l’étendue de son génie musicale, son interprétation exceptionnelle basée sur une parodie de ténor (sa voix prend des textures incroyables) sur base de paroles clairvoyantes et mégalomanes : Oh Mi Lord, Im’ So Bored, What’s On The T.V. ?/Do We Really Need these Pissy Popstars/When There’s Not Enough Of Me ! Le découpage de la chanson est fantastique et les arrangements électro avec les instruments folkloriques se marient à merveille. Une pure tuerie mégalomane (à écouter jusqu’au bout dans la tracklisting d’urgence). Ce qui suit est un autre joyau (elle est apparue sur la BO de Romeo + Juliet) Angel est la chanson planante par essence, impossible de ne pas se sentir pousser des ailes (d’ange) Gavin prend sa voix de tête absolument divine pour nous transporter dans un monde céleste. Très lounge et éthérale, la musique est une fois de plus divine (précipitez-vous à la tracklisting pour l’écouter) !!! Little Black Cabaret est d’inspiration davantage de musique pop / musique de cabaret ou de film : le refrain est très accrocheur et on peut noter la présence de Bono et The Edge dans les chœurs, Gavin se fait très séducteur, très sensuel, sa voix et les arrangements musicaux sont superbement dosés.

Slider est une reprise du groupe T-Rex, son rythme saccadé, on entre davantage dans la musique expérimentale, son côté fun et ludique procurent une belle bouffée d’air frais. Dolls est une autre chanson qui, à l’instar de Caruso, met en évidence le côté on va dire très particulier de Gavin, cette chanson qui parle de Drag Queens (cela ne s’invente pas) est surprenante à plus d’un titre : Gavin module sa voix en fonction des couplets et du refrain, la musique sur fond d’accordéon possède un rythme ravageur et finit en allemand… c’est cela aussi la folie de Gavin un pur moment de jouissance. Ambiance de cabaret en revanche pour Mr. Pussy qui ne s’avère pas une chanson filler mais un charmant petit interlude pour aboutir à You, Me and World War Three qui est typiquement une pop song grave rehaussée par une mélodie imparable, une interprétation excellente et une musique entraînante, une des meilleures songs de l'album à découvrir aussi.

On arrive à la dernière partie de cet album, certes plus apaisée elle n’en est pas moins indispensable : on débute par Kitchen Sink Drama qui raconte le drame vécu par une femme qui après avoir tout donné pour sa famille et tout abandonné, décide de mettre fin à ses jours car elle ne voit plus d’issue à sa vie désormais devenue vide de sens. Cette très belle ballade aux accents folk est un bijou de mélancolie, Gavin une fois de plus s’est surpassé dans son interprétation à fleur de peau. My Twentieth Century est une autre très belle ballade folk sur les désillusions de la vie d'adulte, un vrai bonheur aux oreilles, la musique est superbe. The Last Song I’ll Ever Sing sur une musique d’opérette possède une charme des plus délicieux avec sa très jolie mélodie, Gavin sait se faire si charmant… Mais à y regarder de plus près (et si l’on comprend l’anglais) cette chanson n’est pas si légère que cela, en effet elle parle de la mort d’une carrière musicale, la fin de la chanson agrémenté du violon accentue l’effet dramatique de cette chanson guillerette à première vue. La fin de l’album est des plus surprenantes, elle clôt sur le rythme lancinant d’une chanson instrumentale Le Roi d’Amour, le rideau (le couperet) est tombé car depuis plus de nouvel album à l’horizon pour une nouvelle oeuvre personnelle...

Que dire de plus : c’est un album élégant, sophistiqué, riche, travaillé par des musiciens hors pairs, très bien écrit, interprété magistralement par Gavin qui depuis tellement d’années m’a laissé orpheline d’une musique qui sort des sentiers battus de la musique actuelle et cela me manque terriblement ce côté fou, génial, délirant, provocateur, spontané. Gavin Friday ne ressemble qu’à lui-même il a su de par ses influences littéraires, musicales, etc. se créer une monde bien à lui et me laisser avec trois superbes albums tout de même. Si vous voulez découvrir son univers je vous recommande de commencer par cet opus génial et d’enchaîner avec Adam’n’Eve, si vous avez apprécier les extraits vous allez adorer ce voyage musical atypique.


En vidéos :

La visuellement superbe vidéo d'Angel (à ne pas manquer) :

Une performance Live d'Angel : quel talent en Live ! :


La vidéo de You, Me & World War III :

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