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vendredi 17 septembre 2010

2010 - Elina Duni (Quartet) - Lume, Lume - Chronique / Review - Une artiste aussi indispensable que l'air respiré




Née à Tirana, en Albanie en 1981, Elina Duni a immigré en Suisse aux prémisses de son adolescence lors de la chute du communisme dans son pays d'origine. Dès 5 ans, l'artiste, qui a évolué dans une famille artistique influencée par la musique américaine et italienne, a développé des affinités avec la musique qui ont abouti dans un premier temps sous la forme d'études brillantes entreprises entre 2004 et 2008 à la section jazz de la Haute Ecole des Arts de Berne. A ce stade, comment imaginer une seconde le petit schisme (hélas un peu silencieux en dehors des frontières suisses, allemande et françaises) qu'elle provoquera dans le monde plutôt conservateur du jazz vocal féminin moderne ? Dès l'apparition de Baresha, son premier opus, en 2008, Elina Duni ouvre une porte inatendue sur un mélange des styles et des genres : jazz, chants balkans, musique anglo-saxonne et française pour nous permettre d'accéder à quelques repères car la musique de l'Elina Duni Quartet composé bien entendu d'Elina Duni au chant, de Colin Vallon au piano, de Bänz Oester qui sera, plus tard, remplacé par Patrice Mort à la contrebasse et de Norbert Pfammatter à la batterie, est un art abstrait en forme d'électron libre épris de liberté et faisant l'impasse sur les conventions. Sur Baresha (en écoute ici) on y découvre une chanteuse charismatique à mi-chemin entre le jazz/world music sans âge d'Avishai Cohen et la passion brûlante sous-jacente à la musique bohème Lhasa. Sa voix majestueuse d'une précision chirurgicale laissa sans voix tous les chroniqueurs musicaux qui ont eu la joie de la découvrir, il suffit pour se convaincre de l'écouter reprendre Avec Le Temps de Léo Ferré avec une émotion d'une grande justesse qui laisse toujours rêveur.

Pour ceux qui la découvrent avec un peu de retard comme vous, comme moi, Elina Duni Quartet a eu l'idée inspirée de donner un successeur : Lume, Lume en cette année 2010 pour mettre à genoux tous ceux qui n'ont pas encore eu le bonheur de déjà l'adorer. En effet, ce second opus enfonce le clou déjà bien profondément planté par les sublimes débuts de Baresha. Elle s'impose avec une évidence comme l'une des plus fascinantes artistes de la scène jazz/world music actuelle. Sur la photo principale de la pochette de l'album, on y découvre Elina Duni représentée comme l'astre (solaire) principal autour duquel gravite et évolue son trio de musiciens. Une prédiction, une image forte qui représente à merveille l'alchimie qui existe entre ces musiciens passionnés et passionnants. Abandonnant l'idée de performer (hélas...) en français, ce nouvel opus se base plus que jamais sur une fusion entre le jazz et la musique des balkans qu'elle modernise d'une façon plus qu'intéressante.

Kënga e Qamiles (Qamile's Song) est une introduction a cappella issu d'un chant traditionnel albanais qui nous fait chavirer dans le monde musical empreint de ferveur d'Elina Duni. Le temps se trouve suspendu à ses lèvres. En total contraste, son successeur le brûlant et rebelle Ki Zandana Me Kamerav (In Prison, I'll Die) nous ouvre les oreilles sur la passion qui anime l'artiste et son trio. Lume, Lume (World, World) enchaîne pour envoyer l'auditeur au coeur de la sagesse et de la sereinité qui se dégagent de ce fabuleux morceau feutré. Il et impossible de ne pas se sentir décoller de terre. Sur Do Marr Ciften (I'll Take My Gun) on retrouve le côté rebelle et fier du chant d'Elina Duni qui s'épanouit sur ce sublime morceau à la tension palpable. Le Moyen-Orient voire les sonorités indiennes se ressentent sur Kur Më Del N'Sokak (When You Appear On Your Doorstep). Un morceau qui invite de façon fascinante l'auditeur à entrer en transe. Ambiance tamisée sur le magnifique chant d'amour de Ha Bu Ander Sevdaluk Aytekin (Thie Rare Love). La sensation d'être enveloppé et caressé par les arrangements subtils et cette somptueuse voix élégiaque est à son paroxysme. Dhen Mboro Manoula (I Can't Mother) propose un voyage incongru et dépaysant sur fond de percussions subtiles et hypnotiques. Passionnant. Dépouillé et aérien Nënockë (Mother) semble ne tenir que sur un équilibre précaire pourtant il ensorcelle l'auditeur sans défense qui se retrouve pris dans la toile d'Elina Duni. Hapi Sytë E Zes (Open Your Black Eyes) contraste avec ses rythmiques échevelées et intrépides mettant en avant le côté indomptable et spontané du quatuor tandis que S'Paske Pas Një Pikë Mëshire (You Had No Pity) préfère des arrangements minimalistes pour instaurer une atmosphère solennelle d'une grande beauté. Kaval Sviril (The Kaval Plays) se divise en deux temps : d'abord remplie de ferveur avant que le côté rebelle prenne le relais dans un florilège d'instruments qui s'entrechoquent pour provoquer une belle cohue revigorante. L'album se clôt sur une excellente reprise délicate et respectueuse de River Man (Nick Drake). A se damner. 

Ce second album propulse Elina Duni (et son trio) non pas comme l'une des artistes les plus intéressantes de Suisse, non, c'est sans conteste, au niveau mondial que la comparaison a lieu d'être. Un must absolu de 2010.

Note Finale 19,5/20

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Lume



2 commentaires:

Elodie a dit…

Pas mal, pas mal, pas mal du tout!

saab a dit…

@ Elodie :
après quelques écoutes, tu ne pourras plus t'en passer :-)

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